07 septembre 2007
La lessive dans l'art
Après le repassage, voici la lessive, dans cette petite chronique
ménagère et picturale à laquelle je me livre avec un vrai plaisir de
FAF.
Je prends les choses à l’envers, puisque nous repassons le linge après
l’avoir lavé, mais comme ces tâches ménagères s’enchainent dans un
cycle perpétuel, on lave aussi après avoir repassé .
L’été dernier j’avais déjà évoqué l’histoire de la lessive ( taper le mot lessive dans le moteur de recherche), et je complète aujourd’hui mon petit article par quelques tableaux s’ajoutant à ceux de Renoir, Corot, Bouguereau, Valotton …
Je reprends le tableau d’Honoré Daumier qui est mon préféré :

Daumier , La Blanchisseuse, vers 1860, musée d’Orsay
On
voit là une maman remontant du bateau lavoir avec son lourd fardeau de
linge, elle tient son enfant par la main, et la petite fille porte le
battoir.
Le revoici, ce battoir
, instrument qui donne une bonne claque aux mauvaises taches !
Dans
ce tableau, on distingue derrière la jupe de la blanchisseuse les tons
verts de la rivière, où stationne le bateau-lavoir, ce lieu de dur
labeur mais aussi de convivialité, et bavardages animés.
La silhouette massive de cette femme solide , qui exerce un métier de
force, se détache sur les murs blancs de la ville, blancheur lumineuse,
aspiration et même sacerdoce de la blanchisseuse.
Pierre Bonnard a peint aussi une blanchisseuse, mais à l’opposé de Daumier, il la représente menue, trottant trotte-menue dans la rue du village avec son panier. Il découpe sa silhouette comme une ombre chinoise, petite femme humble ayant exécuté la rituelle lessive.

Bonnard, Clark Intitute, Williamstown
Jean-François Millet représente le moment de la “coulée “. Le linge est mis à bouillir dans la cuve, une couche de paille le recouvre, par dessus une couche de cendres, de chène de préférence, et la blanchisseuse fait couler sur le tout, l’eau qui véhicule au centre du linge, les agents lessivants de la cendre. C’est un circuit fermé, l’eau est récupérée en bas de la cuve et reversée sur le dessus. Ma grand-mère a connu cette technique et me l’avait racontée, on n’imagine pas aujourd’hui blanchir notre linge avec des cendres !

Millet La lessive, musée du Louvre
En dehors de la grande lessive, on pouvait laver son petit linge dans une cuvette, tout comme nous le faisons aujourd’hui.

Jean-Baptiste Greuze, musée Paul Getty , Los Angeles
Emile Zola, dans l’Assommoir, décrit de façon magistrale la grande ” buée “, quand les femmes battent et font bouillir le linge à la buanderie, ces pièces où il régnait une chaleur humide particulièrement oppressante. C’est là que Gervaise se livra à une mémorable bagarre entre lavandières, et où le battoir fouettait alors des derrières roses et dodus !
Fragonard a peint à sa manière cette buée.

Jean Honoré Fragonard, Les Blanchisseuses, 1756, The Saint Art Museum, Saint Louis
Si l’atmosphère suffocante de vapeurs savonneuses échauffent les esprits jusqu’à la bataille en règle chez Zola, au contraire, selon Fragonard, elle excite les sens et invite à l’érotisme. On se caline dans les parfums mélés de feu de bois et de lessive.
Je ne montre pas à nouveau le tableau de Chardin ” La lessive ” , que j’avais évoqué à propos des bulles de savon.
Pour clore mon sujet, je propose un haïku ménager amusant de Béatrice Fontanel :
"La petite jouissance
De la mère de famille
Lorsqu’elle fourre le linge
De tous dans le trou
De la machine à laver
Copulation électroménagère."
Un grand merci à Grillondufoyer pour cet article.
24 août 2007
Le repassage N°2
Je continue mon article sur le repassage, car cette tâche
électroménagère se répète inlassablement dans la vie quotidienne de
toute FAF.
Cette pile interminable
de linge serait insurmontable de nos jours, si nous ne pouvions
brancher, en même temps que notre fer, le téléviseur et le magnétoscope
ou lecteur DVD ! Il nous faut bien occuper notre esprit autant que nos
mains.
Comment faisaient nos mères, grands-mères, ancêtres, quand l’audiovisuel ne venait pas adoucir ce travail ?

Le Larousse Ménager de 1926 consacre quatre pages au repassage . C’est dire l’importance de la tâche !
A
cette époque, la semelle du fer pouvait rouiller, parce que son nom de
” fer ” avait sa raison d’être, et il fallait graisser le fer avant de
le ranger, puis laver la semelle à l’eau savonneuse au moment de
l’utiliser, et la rendre bien glissante grâce au nouet de cire.
J’ai encore utilisé le nouet de cire il n’y a pas si longtemps. On
achetait un pain de cire jaune chez le droguiste, on l’emballait dans
un morceau de tissu, et on passait le fer chaud dessus. La cire fondait
et lubrifiait la semelle, afin que celle-ci glissât mieux sur le linge.

Jacob Duck ( 1596- 1667) La Repasseuse, musée d’Utrecht
On peut constater avec ce tableau hollandais, qu’au XVIIème siècle, on utilisait le même petit fer qu’au début du XXème.
On apprêtait le linge avec un amidon plus ou moins fort, cru, ou empois cuit, selon les pièces à repasser, col, poignet, plastron, coiffe, guipure, jupon, rideau, nappe … et les recettes étaient variées, apprêt à l’eau de riz, à la fécule, à l’eau gommée, au lichen …

Louis Léopold Boilly Jeune femme repassant, vers 1800, Boston, museum of fine arts
Le fer à vapeur n’existait pas, et il fallait humecter le linge. Je me souviens que j’empilais les pièces de coton en les aspergeant une à une d’eau à l’aide d’un flacon dont le pommeau était percé comme une passoire, et je roulais mon tas sur lui-même , puis laissais pendant quelques heures l’humidité imprégner uniformément tout le linge.

Henry Robert Morland (1717 - 1797 ), Tate Gallery Londres
La table à repasser plus ergonomique et pliante, donc d’un rangement pratique, remplaça l’épaisse couverture posée sur la table, et la petite ” jeannette ” permettait de repasser la layette , les petites pièces compliquées …

J’ai photographié ce petit tableau au muée des beaux arts de Caen, et
j’ai oublié le nom du peintre . Il me faudra retourner dans ce musée !
Le repassage, bien qu’il soit parfois une corvée, est un travail propre et minutieux, et la vue de la pile multicolore de linge propre, net, sentant bon le frais, provoque toujours chez la ménagère un soupir de satisfaction et de bien-être.
Il n’y a plus qu’à ranger dans l’armoire !

Pieter De Hooch, détail de ” L’armoire à linge “, 1663, Rijksmuseum, Amsterdam
Un grand merci à Grillondufoyer pour cet article.
13 août 2007
Histoire du repassage - N°1
Emile Zola raconte dans ” L’Assommoir ” la vie de
Gervaise, qui réalisa son rêve, ouvrir une petite boutique de
blanchisserie, dont l’enseigne affichait fièrement ” Blanchisseuse de
fin ” .
Edgar Degas étudia les ouvrières des blanchisseries, particulièrement le moment où elles repassent le linge.
Quand Degas rencontre Zola, on obtient cela :
” Gervaise, les premiers jours, éprouvait des joies d’enfant, quand elle traversait la rue en rentrant d’une commission. Elle s’attardait, souriait à son chez-elle. (…) Dans la vitrine fermée au fond par de petits rideaux de mousseline, tapissée de papier bleu pour faire valoir la blancheur du linge, des chemises d’homme restaient en montre, des bonnets de femme pendaient, les brides nouées à des fils de laiton.”

” L’établi , une immense table tenant les deux tiers de la pièce, garni d’une épaisse couverture, se drapait d’un bout de cretonne pour cacher les tréteaux. Gervaise s’asseyait sur un tabouret, soufflait un peu de contentement, heureuse de cette belle propreté, couvrant des yeux ses outils neufs. Son premier regard allait toujours à sa mécanique, un poêle en fonte, où dix fers pouvaient chauffer à la fois, rangés autour du foyer sur des plaques obliques. ”

” Chacune, à sa droite, avait son carreau, une brique plate, brûlée par les fers trop chauds. Au milieu de la table, au bord d’une assiette creuse pleine d’eau claire, trempaient un chiffon et une petite brosse. (…) Mme Putois avait attaqué le panier de linge préparé par Gervaise, des serviettes, des pantalons, des camisoles, des paires de manches. Augustine faisait traîner ses bras et ses torchons, le nez en l’air, intéressée par une grosse mouche qui volait. Quant à Clémence, elle en était depuis le matin à sa trente-cinquième chemise d’homme. ”

” Clémence prenait un fer à la mécanique, avec sa poignée de tôle garnie de cuir, et l’approchait de sa joue, pour s’assurer s’il était assez chaud. Elle le frotta sur son carreau, l’essuya sur un linge pendu à sa ceinture, et attaqua sa trente-cinquième chemise, en repassant d’abord l’empiècement et les deux manches.”

” Elle était toujours dans les chemises d’homme. Mais oui, elle vivait là-dedans. Ah Dieu de Dieu ! elle les les connaissait joliment et savait comment c’était fait. Il lui en avait passé par les mains des centaines et des centaines. Tous les blonds et tous les bruns du quartier portaient de son ouvrage sur le corps. ( … ) Elle avait marqué cinq grands plis dans le dos, en introduisant le fer par l’ouverture du plastron; elle rabattait le pan de devant et le plissait également à larges coups. ”

” Gervaise acheva enfin la coiffe du bonnet de Mme Boche. Elle en avait ébauché les dentelles, les étirant à la main, les redressant d’un léger coup de fer. C’était un bonnet dont la passe, très ornée, se composait d’étroits bouillonnés alternant avec des entre-deux brodés. Aussi s’appliquait-elle, muette, soigneuse, repassant les bouillonnés et les entre-deux au coq, un oeuf de fer fiché par une tige dans un pied de bois .”
Ma grand-mère ( c’est Grillon qui écrit là, non plus
Zola, lol ! ) était blanchisseuse comme Gervaise, et je me souviens
bien de sa boutique et de ses deux ouvrières toujours gentilles avec
moi, gamine de quatre ans … Je faisais la sieste dans un panier à linge
en osier rangé sous les chemises suspendues comme des voiles féériques
au dessus de ma tête.
Ah le coq, oui, je le vois encore ce coq qui formait de si jolies
manches ballon bien gonflées dans les robes de petites filles !
Un grand merci à Grillondufoyer pour cet article.
15 juin 2007
L'allaitement vu par les peintres
Cet article pourrait s’intituler “the milky way ” !
( il faut des forces à la maman pour allaiter, un Milky Way ou un Mars , et ça repart ! lol ! )
Les peintres ont souvent représenté le précieux moment de l’allaitement dans leurs oeuvres.
Jusqu’au début du XVIIème siècle, ce fut un sujet principalement religieux , les peintres montraient la Vierge allaitante.

Jan van Eyck ( 1370-1441 ), Städel, Francfort …. et le Maître de Flemalle ( 1375-1444 ), Städel, Francfort
Dans les nativités de cette époque , le sein virginal semblait parfois surgir du corsage d’une manière surprenante, et tout au long des siècles, sa forme varia du têton modeste de Lucas Cranach aux généreuses mamelles de Rubens.
J’ai cherché le mot ” sein ” dans le dictionnaire, et je découvris avec surprise qu’il vient du latin ” sinus
” désignant une courbe ou un pli concave, et spécialement le pli creux
de la toge en travers de la poitrine, où les femmes portaient leurs
bébés. D’où vient ainsi le sens intérieur du mot ” sein “.
Le sein désigne donc aussi le vallon qui se trouve entre les deux seins.
Au XVIIème siècle, Rembrandt a rendu cette scène religieuse de la maternité particulièrement humaine et émouvante. J’ai déjà montré la “Sainte Famille ” dans ce blogue l’été dernier, et la montre à nouveau par pur plaisir :

Rembrandt, Sainte Famille dans l’atelier de menuiserie, 1634, Alte Pinakothek, Munich

Le détail bien observé de la petite goutte de lait et le réalisme attendri du bébé repu touchent au coeur les fidèles, et chaque mère se retrouve un peu dans cette Vierge Marie, qui n’est pas une beauté idéalisée, mais une vraie maman.
A propos, le mot ” maman ” vient de ” mamelle ” .
Les mamelles de la France, Honoré Daumier les a bien campées dans ce tableau :

Daumier, Esquisse de la République, musée d’Orsay
On saute du sujet religieux au sujet politique.
Ici,
il s’agit du premier tableau à la peinture à l’huile de Daumier, qui ,
jusqu’à l’âge de quarante ans, ne produisit que des dessins.
En 1848, Ledru-Rollin, ministre de l’Intérieur, lança un concours aux
artistes pour représenter la République. Les conditions imposaient de
réunir en une seule figure les symboles de Liberté, Egalité, Fraternité.
Daumier n’a hélas pas remporté le concours et n’est pas allé plus loin
que son esquisse, bien qu’il eût rempli les conditions. Cette
plantureuse femme assise représentait bien la stabilité d’une
république forte nourrissant et instruisant ses enfants.
Dans la peinture hollandaise du XVIIème siècle, la mère allaitant figura parmi les scènes de genre et se regarde avec grand plaisir :

Pieter De Hooch, musée de Detroit.

Pieter De Hooch, Gemäldegalerie, Berlin
Dans ce dernier tableau, la scène se situe juste avant l’allaitement, nous avons l’image, mais pas le son : nous devrions entendre les pleurs de bébé réclamant la tétée pendant que sa maman délace son corsage.
L’envie me prend de remettre ici la compagne du peintre Renoir allaitant leur fils Pierre ( ils se sont mariés plus tard ), tableau que j’avais montré en janvier :

Renoir, musée d’Orsay.
Le peintre Maurice Denis a peint aussi des maternités :

Maurice Denis, Femme allaitant aux manchettes de dentelle, musée des Beaux Arts de Rennes
En
allemand, ( je reviens souvent à cette langue qui a des formules
magiques !) le verbe ” allaiter ” c’est ” stillen ” , et ” still ” veut
dire ” calme “. On connaît le mot ” Stillleben ” qui désigne la nature
morte, c’est à dire “la vie calme” mot à mot. Donc allaiter en allemand
c’est calmer. En effet on calme les cris du nourrisson affamé en
l’allaitant , et d’une manière générale, l’allaitement est un grand
moment de calme.
Dans les tableaux de Denis, on ressent bien cette sérénité.
Que l’allaitement semble naturel et facile quand il est vu par les peintres !
L’artiste qui a peut-être le mieux représenté les mamans allaitantes est l’américaine Mary Cassatt.
Elle a très souvent peint les mères avec leurs enfants, et voici une maternité que je trouve magnifique :

Mary Cassatt, Louise allaitant son enfant, musée de Portland, Oregon.
J’aime le regard fixe du bébé têtant goulument vers sa maman qui le comble de plaisir.
Dans
la réalité, l’allaitement n’est pas toujours aisé, la nature se rebiffe
parfois au grand désarroi des mamans, et parfois aussi, en d’autres
temps, l’ordre social l’empêchait chez les mères de famille royale, de
la noblesse, ou de la haute bourgeoisie, ou chez des femmes forcées de
travailler durement.
Parfois aussi, les drames bloquent la
lactation, je pense notamment aux deux guerres mondiales pendant
lesquelles des mères de tous pays apprirent la mort de leur mari au
front avant d’accoucher, et la douleur morale tarissait leur lait.
Ainsi, des nourrices procurèrent une fratrie à ces enfants privés de
leur sein maternel, et ils eurent ce qu’on appelle des frères de lait.
Quand le talent artistique rejoint la bienveillance de la nature, l’allaitement nourrit de bien belles oeuvres d’art !
Merci à Grillondufoyer pour ses articles toujours passionnants.
20 mai 2007
Film : Le sourire de Mona Lisa
L'histoire :
Dans les années 50, aux États-Unis, Katherine Watson accepte un poste
d'enseignante à la prestigieuse université de Wellesley (près de Boston), établissement
réservé aux jeunes filles. Assez vite, elle se rend compte que la
plupart des élèves de l'institution sont tiraillées entre ce que la
société attend d'elles et leurs aspirations intellectuelles. En
bousculant quelque peu les conventions, Katherine tentera de changer
les choses.
© Columbia TriStar Films
Ce film de Mike Newell est sorti depuis déjà quelques années (2004), et parle des femmes.
On pourrait voir ce film comme un simple film féministe, une critique de la société des années 50 avant le féminisme.
J'y vois plutôt un combat de femmes pour avoir le choix de construire sa vie selon ses envies, ses aspirations, selon sa propre identité féminine et non selon les attentes et le carcan de la société.
Alors si dans les années 50, il était de bon ton de se marier au plus vite pour fonder une famille, en 2007 l'air du temps est plutôt de faire carrière.
Emancipation construite sur le modèle de l'homme, droit de travailler en gardant nos devoirs de mères et de ménagères...Comment remplir tous ces rôles sans craquer...
Avons-nous finalement tellement progressé ? Où est le libre choix ? Où nous a mené cette émancipation ? On peut se poser la question...
Un film qui se voit néanmoins avec plaisir, même si le scénario est très prévisible, on passe un bon moment et l'émotion est au rendez-vous.
Pour la petite histoire, Wellesley a accueilli l'étudiante Hilary Clinton.
Ma note : 7/10





