Après le repassage, voici la lessive, dans cette petite chronique ménagère et picturale à laquelle je me livre avec un vrai plaisir de FAF.
Je prends les choses à l’envers, puisque nous repassons le linge après l’avoir lavé, mais comme ces tâches ménagères s’enchainent dans un cycle perpétuel, on lave aussi après avoir repassé .

L’été dernier j’avais déjà évoqué l’histoire de la lessive ( taper le mot lessive dans le moteur de recherche), et je complète aujourd’hui mon petit article par quelques tableaux s’ajoutant à ceux de Renoir, Corot, Bouguereau, Valotton …

Je reprends le tableau d’Honoré Daumier qui est mon préféré :

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Daumier , La Blanchisseuse, vers 1860, musée d’Orsay

On voit là une maman remontant du bateau lavoir avec son lourd fardeau de linge, elle tient son enfant par la main, et la petite fille porte le battoir.
Le revoici, ce battoir null, instrument qui donne une bonne claque aux mauvaises taches !

Dans ce tableau, on distingue derrière la jupe de la blanchisseuse les tons verts de la rivière, où stationne le bateau-lavoir, ce lieu de dur labeur mais aussi de convivialité, et bavardages animés.
La silhouette massive de cette femme solide , qui exerce un métier de force, se détache sur les murs blancs de la ville, blancheur lumineuse, aspiration et même sacerdoce de la blanchisseuse.

Pierre Bonnard a peint aussi une blanchisseuse, mais à l’opposé de Daumier, il la représente menue, trottant trotte-menue dans la rue du village avec son panier. Il découpe sa silhouette comme une ombre chinoise, petite femme humble ayant exécuté la rituelle lessive.

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Bonnard, Clark Intitute, Williamstown

Jean-François Millet représente le moment de la “coulée “. Le linge est mis à bouillir dans la cuve, une couche de paille le recouvre, par dessus une couche de cendres, de chène de préférence, et la blanchisseuse fait couler sur le tout, l’eau qui véhicule au centre du linge, les agents lessivants de la cendre. C’est un circuit fermé, l’eau est récupérée en bas de la cuve et reversée sur le dessus. Ma grand-mère a connu cette technique et me l’avait racontée, on n’imagine pas aujourd’hui blanchir notre linge avec des cendres !

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Millet La lessive, musée du Louvre

En dehors de la grande lessive, on pouvait laver son petit linge dans une cuvette, tout comme nous le faisons aujourd’hui.

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Jean-Baptiste Greuze, musée Paul Getty , Los Angeles

Emile Zola, dans l’Assommoir, décrit de façon magistrale la grande ” buée “, quand les femmes battent et font bouillir le linge à la buanderie, ces pièces où il régnait une chaleur humide particulièrement oppressante. C’est là que Gervaise se livra à une mémorable bagarre entre lavandières, et où le battoir fouettait alors des derrières roses et dodus !

Fragonard a peint à sa manière cette buée.

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Jean Honoré Fragonard, Les Blanchisseuses, 1756, The Saint Art Museum, Saint Louis

Si l’atmosphère suffocante de vapeurs savonneuses échauffent les esprits jusqu’à la bataille en règle chez Zola, au contraire, selon Fragonard, elle excite les sens et invite à l’érotisme. On se caline dans les parfums mélés de feu de bois et de lessive.

Je ne montre pas à nouveau le tableau de Chardin ” La lessive ” , que j’avais évoqué à propos des bulles de savon.

Pour clore mon sujet, je propose un haïku ménager amusant  de Béatrice Fontanel :

"La petite jouissance
De la mère de famille
Lorsqu’elle fourre le linge
De tous dans le trou
De la machine à laver
Copulation électroménagère."

Un grand merci à Grillondufoyer pour cet article.